18 janvier 2014

La Polynésie française et la poste aérienne

Nous vous présentons ci-dessous un extrait de la revue "TAHITI ET L'AVIATION" de Patrick O'REILLY (Société des Océanistes - 1974) comportant une partie sur la poste aux armées desservant le Centre d'expérimentations du Pacifique (CEP) :


Un autre secteur du trafic aérien reste à découvrir pour nous. Le CEP a apporté un nouveau courant de circulation postale. Dès l'installation de celui-ci au début de 1965, la Poste aux Armées a pris en main la question du courrier aussi bien pour les correspondances officielles que pour les lettres privées du personnel employé sur place, militaire ou civil. Pour ce faire, elle utilise trois voies :

1° les avions réguliers d'Air France/UTA, soit par la route d’est (Singapour-Nouméa), soit par celle de l’ouest (Los Angeles) ;

2° les avions militaires qui joignent la France à Tahiti (par Montréal et Los Angeles) au rythme d’un ou deux vols par semaine ;

3° enfin, la voie maritime pour les paquets non urgents.


Les chiffres du trafic, pour 1972, se présentent ainsi :




Si nous comparons les chiffres des objets transportés par la poste militaire avec le nombre des objets confiés à la poste civile, nous constatons que le trafic parallèle, - le trafic militaire, - est très supérieur à celui des postes civiles :




Ces données statistiques fournies tant par l'office des Postes de la Polynésie Française que par le Service de la Poste aux Armées ont été vérifiées et sont considérées comme sincères et véritables par ces deux organismes. Elles paraissent, à première vue, contraire à ce que nous aurions pu penser de l’importance relative des secteurs militaires et privés à Tahiti.

Mais on ne discute pas des statistiques !

Encore peut-on tenter de les interpréter. Et celles-ci témoignent évidemment de l’importance du C.E.P. dans la vie économique de la Polynésie française.

Sur place, nous avons constaté, rien que dans la région de Papeete, la présence de 5 ou 6 bureaux de poste militaire en contrepartie du seul bureau de Papeete - celui de Pirae, récemment ouvert, n’ayant encore qu’un volume d’affaires pratiquement négligeable.

De nombreux bureaux de poste militaire existent naturellement sur les sites, à Hao, Mururoa, aux Gambier, etc...

Comme les tarifs pratiqués dans ces bureaux de poste, qui se considèrent comme français et appliquent les taxes du régime intérieur, sont beaucoup moins onéreux que les tarifs appliqués par les services postaux de la Polynésie française, et qu’on ne semble pas exiger de la clientèle la preuve de son appartenance aux services du C.E.P., on peut penser qu’un certain glissement s’est produit et que de nombreux résidents blancs à Tahiti ont pris l’habitude de glisser leurs lettres dans les boîtes de ces bureaux militaires.

Concluons donc que l’activité postale du CEP en Polynésie Française pour 1971 et 1972 était, à elle seule, d’un tiers supérieure à celle de l’ensemble du Territoire (*).


(*) Il m'a été donné de discuter, en privé, de ces problèmes avec les intéressés. Le responsable de la poste aux armées, au vu de mes chiffres, m'a déclaré, sans avoir l'air de trop y croire : "Les soldats, aviateurs et marins du C.E.P. s'ennuient en Polynésie, sont loin de leur famille et écrivent beaucoup".
Quant au directeur de l'Office, il s’est contenté de me dire : "Vous ne m'apprenez rien. Je sais que je suis cocu". En réalité, chacun, d'une manière ou d’une autre doit y trouver son avantage. Les clients aussi. Pourquoi aller payer fort cher à la grande poste de Papeete pour l'expédition d'un petit colis pour la France alors que les avions du COTAM vont vous transporter par avion, des paquets de 5 kg au prix du tarif intérieur français ? Colliers et pareos, curios et coquillages vont parvenir en France vite et à bon prix.


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